Bien que les premières théories et pratiques au sujet de l’enregistrement stéréophonique de type M/S aient plus de cinquante ans, plusieurs personnes sont toujours réticentes quant à leur utilisation régulière en production ou en postproduction, lors du montage sonore et du mixage sonore. Les raffinements des logiciels de traitement en postproduction et les améliorations de la capacité DSP des ordinateurs et des programmes favorisent davantage une intégration plus enrichissante de ce type d’enregistrement dans nos chaînes de production sonore.

Développé par Alan Blumlein, l’enregistrement M/S consiste en une prise de son stéréophonique coïncidente, partant d’un point fixe. Il procure une image stéréophonique naturelle qui peut être ajustée après l’enregistrement. Plusieurs plug-ins sont maintenant offerts, ils modifient la sonorité des sons dans l’espace. Les plus répandus sont ceux de la compagnie Waves, le plug-in S1 (stereo imager) et le décodeur M/S (MS Matrix). Les techniques d’enregistrement Ambisonic, popularisé par les microphones Soundfield et plus récemment le Double M/S, proposé par Schoeps découlent des mêmes bases théoriques mathématiques de la sphère.

Une constatation reconnue au sujet du M/S est sa polyvalence et sa simplicité de captation. Il peut très bien être utilisé en monophonique comme microphone cardioïde (M) pointé vers la source. On obtient ainsi un centre franc et direct. Au tournage, il sert de perche principale ou secondaire, alors qu’en son libre, il convient aussi bien pour enregistrer des effets sonores, des voix, des ambiances ou même de la musique, selon la situation. Pour l’enregistrement d’ambiances, il donnera une stéréophonie naturelle. La proximité entre les deux micros utilisés prévient les problèmes de phase causés à l’enregistrement par l’espacement et l’angle entre les micros. On constate une séparation stéréophonique moins importante si on le compare à d’autres méthodes d’enregistrement stéréophonique, tel le AB ou ORTF.

L’ajout d’un couple M/S au tournage peut servir de deuxième perche pour l’action et aussi pour l’ambiance de l’action. On se servira des prises non utilisées au montage pour grossir la foule.

Placé à distance de l’action principale (pour ne pas entendre les acteurs), il permet aussi d’enregistrer en même temps que les sons du tournage une banque de sons d’ambiance qui servira à la postproduction du projet, j’ai pu bénéficier de cet atout récemment , plus de détails sur ma fiche du film Rebelle.

Une confusion persiste parmi les monteurs sonores au sujet de l’utilisation au mixage des sons M/S.  Une répartition des sons du tournage entre les dialogues et les effets doit se faire, pour refléter leurs fonctions respectives dans le mix final. Ainsi, une deuxième perche sur l’action demeurera dans le groupe des dialogues alors qu’une ambiance retirée de l’action sans le sons des acteurs, donc uniquement l’ambiance du lieu, se retrouvera entre les mains du monteur des ambiances ou des effets. En tant qu’effet sonore, les pistes M/S sont plus susceptible d’être utilisé en stéréo ou en surround.  Soyez vigilent pour ne pas garder deux version identiques et en synchronisation des sons dans les dialogues et les effets sonores, car des problèmes de déphasage surviendrait à cause du dédoublement.

Les qualités de la captation cardioïde (M), avec une bonne attaque, un point de vue précis et son ambiant limité, est une source de choix pour le montage des effets sonores, qui, la plupart du temps seront montés en mono. Le mixeur se chargera de son emplacement dans l’espace sonore. Le microphone bidirectionnel (S) peut également être utilisé comme une source mono, il est moins sensible aux basses fréquences et donne un point de vue plus loin du sujet.  Il a des attaques moins prononcées et donc moins de dynamique. Il procurera une source très différente en comparaison au M, ce qui peut être un atout si le M a un problème technique ou si l’on recherche un son plus éloigné et diffus.

Lors de mes premières années de montage sonore, nous montions les ambiances M/S non-décodées sur des pistes dédiées au M/S.  Ces pistes, une fois au mix, passaient dans une chaine de décodage analogue. Cette technique permettait au mixeur de modifier l’image stéréophonique en temps réel, jouant avec le gain du M par rapport au S, avant l’envoi dans le décodeur, selon l’effet stéréophonique recherché.  Le passage de la technologie analogue au numérique puis au mixage virtuel a modifié ces procédures dans notre pratique. Parce que plus simple à gérer au mixage, il est très répandu maintenant de décoder le M/S au montage sonore. Plusieurs nouveaux plug-ins de spatialisation s’offrent à nous, notamment lorsque l’on veut produire une ambiance cohérente et naturelle dans les trois haut-parleurs avant (LCR). Cela permet d’uniformiser le son du tournage avec les nouveaux sons d’ambiances et effets sonores ajoutés au montage son, ce qui aide grandement à donner de la véracité au son de la scène.  Ainsi, j’ai pu recommencer dans les dernières années à fournir des sources MS non décodées au mixage, laissant à nouveau au mixeur, avec une chaîne de décodage à l’interne, un éventail de possibilités, modifiable en temps réel. Il est à noter que les plug-ins de spatialisation que j’ai expérimentés réagissent bien aux sources M/S, qu’ils soient décodés ou non-décodés, d’abord faut-il pouvoir sélectionner le type de la source à l’entrée, M/S ou stéréo.

Certaines précautions doivent être prises lors du décodage initial afin de ne pas causer de surprise lors des livraisons finales du film dans le format LtRt (Dolby Surround). Un décodage important (plus de 90 degrés) de la composante S (les côtés) par rapport au M (devant) élargira l’image stéréo et provoquera une augmentation des composantes hors-phase entre le canal de gauche et droite. Ces composantes hors-phase seront interprétées par la matrice Dolby Surround comme des éléments Surround  lors d’une conversion en LtRt car ce système se sert des éléments hors phase pour créer la piste surround. Autre précaution, je décode les sons M/S en stéréo avant de faire d’autres effets logiciels plus élaborés.

Le micro M/S procure beaucoup de souplesse à chacune des étapes de la production à la postproduction. Il est donc important d’analyser les avantages et les limites de chaque enregistrement isolément afin d’en maximiser son utilisation dans le résultat final. Le décodage à l’étape finale de mixage se fait avec l’ensemble des autres éléments mixés.

L’écriture de cet article m’a forcer à clarifier et préciser mes pratiques et impressions, acquises en pratiquant mon métier avec mes collègues monteurs et mixeurs ainsi qu’en fouillant sur l’internet. Comme à chacune des fois où j’approfondis l’étude d’un sujet, j’y constate une partie de mon ignorance. Vos opinions, impressions, corrections, ajouts sont les bienvenus dans les commentaires. Voici d’autres interventions pertinentes et approfondies que l’on retrouve ailleurs sur le net au sujet du M/S et autres sujets connexes:

http://designingsound.org/2011/08/tim-nielsen-special-ms-recording/

http://thesoundmyheadmakes.blogspot.ca/2012/09/quad-miking-dual-ms-update.html