J’ai rencontré Kim en 2004, pour Le Gant, un court-métrage sur lequel nous travaillions ensemble. Nous nous retrouvons sur Rebelle, un film écrit et réalisé par lui.

Le cinéma québécois présente la plupart du temps une forme de québécitude; ce n’est pas le cas de Rebelle. On y présente des personnages africains et une histoire d’enfant-soldat rebelle sous l’oeil et l’oreille de Québécois. Une jeune fille se fait kidnapper et devient soldat afin de combattre le gouvernement. Les épreuves humaines se succèdent; elle encaisse les coups, tout en faisant preuve de résilience.

Ma première question pour Kim était de savoir quel type de son nous allions assigner au film: s’agirait-il d’une illustration sonore réaliste ou d’un peu plus… Quelques autres questions au moment du visionnement m’ont permis de comprendre qu’il voulait coller à la réalité. Nous avons parlé d’esthétique générale, à propos de Fish Tank, et aussi, bien sûr, de Saving Private Ryan et autres bons films de guerre. Il veut un son vrai, des guns percutants, une forêt authentique, du bruitage sensible, une bande sonore fidèle à ses sujets, vraie et sans artifice. Il souhaite que le son adopte en quelques rares occasions le point de vue du personnage principal, sinon ses pensées. La musique ne sera présente qu’en source, à quelques occasions. La table est mise.

Ayant prévu la postproduction sonore à compter de décembre 2011 et le mixage en février 2012, cela nous donnait huit semaines pour réaliser le montage sonore ainsi que trois semaines de mixage en février. Nous avons dû changer l’horaire de postproduction afin de devancer le mixage au début de janvier, dans la perspective où le film serait sélectionné pour le Festival de Berlin. Nos efforts furent par la suite justifiés par la sélection du film au Festival, qui nous contraignit effectivement à terminer plus tôt! Il est toujours extrêmement déchirant d’être bousculé par des échéances ou des horaires. Certains diront que ça fait partie de notre métier… Je ne m’y habitue pas.

Ne possédant aucun son original de la région visée, également peu de sons de guerre, il était impératif de décider rapidement comment nous allions rassembler les éléments sonores nécessaire au film ainsi qu’à la bande internationale (M&E). Avec l’aide des producteurs Pierre Even et Marie-Claude Poulin et du preneur de son, Claude La Haye, nous avons décidé de miser d’abord sur les sons libres et sur les sons des tournages. En cernant bien les lieux et les besoins sonores qui leur sont propres, en parcourant les sites des tournages à la recherche d’ambiances uniques, en enregistrant une grande quantité de sons en M/S au tournage, en accompagnant Kim et en participant au mixage, Claude apporte une contribution originale et majeure au film. Il y a lieu de noter que son système complet de prise de son Cantar X2, 8 pistes, avec deux micros Schoeps CMIT 5U et un couple M/S Schoeps (MK41, MK8) devient un outil de choix pour l’enregistrement de notre matière première: les sons.

J’ai répertorié au delà de 400 sons en M/S, qui nous ont servis au montage sonore par la suite. Il nous aura fallu, à Jean-François Sauvé, monteur sonore chez Vision Globale et à moi, une trentaine de jours pour réaliser le montage. Claire Pochon a monté la piste dialogue et la narration, beaucoup de travail qui ne paraît pas puisqu’il est bien fait. À écouter les scènes de foules et de chansons, pour la largeur, le nombre et la variété… Pour ce qui est des sons de mitraillettes AK-47, c’est en combinant les meilleurs enregistrements synchronisés et en ajoutant des ponctuations diverses d’autres sources que nous y sommes parvenus.

Ce film m’a fourni l’occasion d’ajouter d’autres sons à ma sonothèque. Les sons d’impacts de roches et de poussières de différents volumes auraient pu difficilement n’être faits qu’au bruitage. J’ai donc acheté Rocks Sound Library CRFX-002 de Chuck Russom FX pour compléter et ajouter des textures sonores. J’en ai utilisé plusieurs dans la scène de fusillade aux abords du fleuve.  J’ai aussi acheté la collection de sons AK47 PACK EFX-AK47 de EFX SOUND LIBRARY. J’en attendais des ponctuations plus proches ou plus sourdes ou plus grasses. Ce que j’ai eu en plusieurs déclinaisons!

Le bruitage de sons de jungle et de désert a nécessité plusieurs nouvelles textures de sable , de terre, de roches et de végétations variées, selon des grosseurs et formes différentes. Nous avons loué deux armes similaires à celles que nous retrouvons dans le film.

Trois semaines denses de mixage furent requises, éléments de livraison compris! J’étais en compagnie de Bernard Gariépy Strobl, Kim et Claude. Sans prémix, en jouant avec de nombreux éléments, Bernard a méticuleusement mixé le son du film à la façon d’un tricot, dans une démarche créative d’équipe respectueuse et efficace. Confiant, Kim nous a soutenu dans l’élaboration de l’esthétique sonore dans le peu de temps qu’il nous restait.

À Berlin, Rachel a gagné le prix d’interprétation, un départ éclatant. Les films ont une histoire qui dépasse celle qu’elle représente. La brève histoire publique de Rebelle laisse présager le meilleur pour sa survie en salle!

Voici un son d’une grande porte de métal, enregistré lors du tournage. Il est sans contredit un des éléments importants de la conception sonore du film.

Générique:

Pays: Canada, France

Compagnie de production: Item 7

Réalisateur et scénariste: Kim Nguyen

Producteur: Pierre Even et Marie-Claude Poulin

Superviseur de montage sonore: Martin Pinsonnault

Concepteur/monteur sonore: Martin Pinsonnault

Jean-François Sauvé

Preneur de son: Claude La Haye

Perchiste: Francis Péloquin

Monteur dialogue: Claire Pochon

Assistant monteur sonore: Jean-Philippe St-Laurent

Bruiteur: Simon Meilleur

Assistant bruiteur: Fanny Dubois-Nguyen

Preneur de son bruitage: Daniel Bisson

Mixeur: Bernard Gariépy Strobl

Assistants techniques:Yanick Gauthier

Gabrielle Labelle Joly

Louis-Antoine Lassonde