Dans la mesure du possible, Il est avantageux d’être impliqué tôt dans le processus de production de tout projet à sonoriser. Un exemple récent est le film Louis Cyr. Revendiquant le titre d’homme le plus fort du monde, Louis cyr se promène dans différents lieux publics pour étaler ses prouesses. Plusieurs scènes de spectacle avec foule sont organisées au tournage le montrant en action avec la foule qui réagit particulièrement à ses prouesses. Nous avons contribué, mon assistant concepteur sonore Paul Col et moi, à hauteur de 6 jours de tournage en tant que deuxième équipe à la prise de son, pour nous concentrer particulièrement sur les sons de réactions de foule. Ces journées furent des plus enrichissantes pour nous à plusieurs niveaux. En voici un compte rendu.

C’était d’abord une occasion de rencontrer Simon Poudrette et Norman Bernard, respectivement preneur de son et perchiste. Très hospitaliers, ils ont facilité notre intégration parmi l’équipe. Ils ont pris plaisir à nous inculquer des meilleurs habitudes de travail de prise de son. C’est aussi un bon moment pour moi de récolter diverses informations sur la prise de son et ses particularités ce qui aura pour effet de maximiser son utilisation future. Même s’il apparaît comme une évidence que les preneurs de sons du tournage et les concepteurs sonores se rencontrent pour avoir une discussion créative autour du scénario, des situations de tournage à venir, des possibilités d’enregistrements additionnels et des difficultés appréhendées, il y a malheureusement trop souvent plusieurs contraintes qui empêchent cela d’arriver. Je mets mon énergie pour favoriser les rapprochements, cette fois avec succès!

Continuer la lecture pour entendre des comparatifs de microphones stéréophoniques!

Ce fut l’occasion de comprendre les dures réalités de la production et de son rythme effréné, pour ne pas dire course folle. Chaque lieu, chaque moment réserve ses surprises audibles. Avions, autos, buzzs, grichages, usines, et autres parasites, le choix est vaste. Quels sons parasites sont plus problématiques que d’autres? Les sons d’origine électrique (tones and hums), souvent constants et tonals peuvent s’enlever plus facilement que des sons sporadiques comme ceux recueillis par le frottement de la capsule du micro sur les surfaces de tissus ou de peau, surtout lorsque ces bruits se confondent avec les sons des voix. Simon a partagé sa frustration récurrente d’avoir à contrôler les sons de l’environnement élargie de celui du cadre du plan tourné. Les avions et autres transport à moteur peuvent émettre des sons qui viennent en conflit avec ceux de la voix humaine. Sur un plateau, tout le monde centre son attention sur ce qu’il y a à l’intérieur du cadre de la caméra, le preneur de son doit aussi se préoccuper des sons qui proviennent de l’extérieur du cadre inévitablement captés par ses microphones. Une réalité difficile à comprendre et à respecter, spécialement sur un plateau de tournage qui courre après le temps.

En postproduction, les réalisateurs et les producteurs se sont mis à penser que nous pouvons arranger la plupart des problèmes techniques rencontrés au tournage. Nous sommes partiellement responsables de cette fausse impression à moitié vraie considérant que les outils informatiques disponible pour améliorer la sonorité ou nettoyer adéquatement les différents sons parasites se raffinent. Sans oublier l’utilisation de belles banques de sons et de plugins de mixage performants qui cache les imperfections du tournage. Qui n’a jamais entendu? On arrangera ça au mix! Ceux-ci oublient une autre réalité. Un son enregistré avec rigueur et qualité va permettre d’économiser du temps et de l’argent plus tard et améliorera la qualité générale du son du film, un bon endroit pour se démarquer.

Le son devrait être traité avec respect sur le plateau car lorsque le temps de la postproduction arrive, nous avons les meilleures sources possibles, laissant la majorité du travail à la création sonore au lieu du nettoyage sonore. Nous pouvons certainement adoucir, nettoyer, réparer plusieurs défauts, mais on peut très rarement améliorer la qualité de sons originaux.

Sur les plateaux, le preneur de son enregistre le son des acteurs avec une combinaison de perche et de micros sans fils en s’assurant de capter l’ensemble de la bande dialogue. L’habitude d’enregistrer des effets sonores durant le tournage est devenue chose rare. Avec l’arrivée des enregistreuses multi-pistes, il est maintenant possible d’ajouter des microphones stéréophoniques en plus de ceux qui capteront l’action principale, dans le but de capter aussi des ambiances ou des effets sonores pendant le tournage, avant qu’il ne soit trop tard. Vous pouvez consulter un article précédent au sujet de l’enregistrement M/S lors du tournage.

Nous avons donc pu nous concentrer uniquement sur les scènes de foule avec plusieurs micros et enregistreuses. Enregistrer en stéréo procure un son plus riche que le mono, notre cerveau est ainsi capable d’isoler la provenance d’un son ainsi que de saisir d’autres informations sur le mouvement et l’acoustique d’un lieu. Je privilégie les paires stéréos placées à différents endroits.

Nous avons essayé plusieurs enregistreuses multi-pistes avec des fonctions timecode pour les journées de tournage. Le Zaxcom Nomad 6, le Sound Devices 788T et le Sound Devices 744T ont été utilisés. Synchroniser le timecode à chaque matinée avec l’enregistreuse principale de Simon fut très excitant pour moi. En post, nous avons pu synchroniser les sons de foule à l’image avec la liste de montage EDL, que j’ai par la suite ajustés, nettoyés et triturés pour recréer une foule homogène et dynamique dans les scènes d’exploits. Avoir accès aux fonctions de timecode, les entrées micro multiples, les préamplis de bonne qualité et une écoute casque fiable m’ont convaincu d’en acheter une. Mon choix s’est finalement arrêté sur le Nomad Lite de Zaxcom, à cause de ses 6 entrée micros avec alimentation, ses options timecode, et son prix avantageux.

Au niveau des microphones, j’ai pu comparer une paire de capsules Sennheiser MKH8040 montées en ORTF. Ce format d’enregistrement stéréo est reconnu pour sa grande diffusion stéréo. J’ai également expérimenté avec la barre stéréo de 60 cm, pour agrandir la largeur de la foule! Le kit MS Schoeps pointait les foules alors que des DPA 4060 se trouvaient sur une seconde enregistreuse, Rolland R-26 en plus des 4 micros internes.

Tout comme lorsqu’il est temps de comparer les différences entre les haut-parleurs, il est aussi très utile de comparer des microphones avec la même source sonore. J’ai remarqué beaucoup de différences entre les microphones:

Voici un comparatif entre le ORTF et M/S.


En voici un autre qui compare tous les micros que nous avions sur place avec la même source sonore:

Voici mes impressions:

Micros stéréos en ORTF – Sennheiser MKH8040

-très peu de bruit de fond
-séparation stéréophonique importante
-impression de largeur
-bonnes basses et voix rondes
-micro très sensible
-très peu de bruits de fond
-une bonne dynamique

Micros stéréos M/S – Schoeps MK4 et MK8:

-source sonore provenant du centre
-stéréophonie coïncidente
-stéréophonie au besoin en fonction du point de vue.
-précis dans les fréquences mid
-une sensation modérée de la salle grâce au M.

Micros stéréos binaural – DPA 4060
-image stéréophonique diffuse
-acoustique de la pièce importante à cause des capsules omni-directionnelles
-basses fréquences bien présentes

Micros stéréos XY et OMNI internes du Roland R-26,
-bruit de fond assez présent
-stéréophonie limitée
-captation plus précise des sons proches